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LA MÉMOIRE D’UNE GAYETTE de DE WASQUEHAL

LA MEMOIRE D’UNE GAYETTE

De

Pierre-Charles Aubrit Saint Pol

N°1

Je sors d’une déprime. J’aime trop l’Eglise pour accepter que François qui ne fut pas élu, mais désigné, s’applique à exécuter le plan du cardinal Martini. Qu’il soit saint ou pas, il fait glisser l’Eglise dans la fosse. Il n’est pas blanc, mais gris. C’est un jésuite ! Il a introduit la manipulation sémantique dans les documents pastoraux. L’Eglise n’a pas à plaire au monde, mais l’appeler à atteindre la cime. Notre hiérarchie est tombée dans la médiocrité, elle s’avachie. Son institution humaine doit disparaître, place à l’Evangile et aux fruits des sacrements.

Aimer l’Eglise, étrange lorsque je reviens sur ce qu’était ma vie avant ma conversion à San Damiano en juillet 1977. Je rejetais toute forme d’autorité, aucune institution n’avait grâce. Je n’ai pas de considération pour le monde des adultes. Faux culs ! Menteurs ! Sans honneur ! Indécents ! Sans âme ! Grotesques ! Insignifiants ! Violents, tortionnaires, toujours ce regard de la peur devant l’innocent ! Aucun supplice ne fut épargné, mon beau-père était un prince, prince du mal, une brute alcoolique. Hadès. Au-delà des sévices corporels, il n’avait pas son pareil pour ajouter ceux de l’esprit. J’avais perdu tout ce qui fait qu’un enfant soit un enfant… L’autorité et le pouvoir que de larmes n’avez-vous justifiées. Que de silences n’avez-vous pas emmurés. Que de cris n’avez-vous pas étouffés.

Et voici que j’aime l’Eglise ! Qui l’eut cru ? Pas moi, elle est faite d’une surpopulation d’adultes qui ignorent ce qu’est l’esprit d’enfance, ils en parlent dans une casserole en fonte et sans fond. C’est auprès des ânes qu’ils devraient se former, il y a en eux plus de sagesse, plus de savoir que n’en peut contenir une mitre et ils ne crossent personne, ils assument. Ils portent leur charge dans un pas régulier, ils écoutent autant qu’ils entendent. Mais oui, j’aime cette Eglise qui, malgré les immondices dont elle se revêt est inconcevablement belle. Sa beauté, son parfum, son charme lui viennent d’ailleurs. Sans cesse un lait d’agnelle la nourrit et la voici qu’elle se pare des parures les plus éblouissantes, car sa nature est de Dieu qui sourit aux pécheurs, sa paternité est dans la douceur de son Fils et Jésus la répand. Oui, j’aime cette Eglise parfois si immonde, si contrefaite à la grâce que ma colère contre elle n’est qu’un sanglot trop longtemps retenu.

Dans cette nuit du premier samedi de juillet 1977, j’ai su qu’au-delà d’un désespoir immense, il y avait un amour indépassable qui m’aimait pour ce que je fus, pour ce que j’étais et pour ce que je serai. De la révolte, de la haine destructrice, en passant par la mémoire du péché, de mon péché, je me laissais découvrir à l’amour, à l’espérance. Moi qui avais dit non à l’autorité et bien, je venais de dire oui. Ce fut un cri ! Un cri qui répondait au coup porté à mon cœur alors que, contemplant de profil le visage de la Mère céleste, je pleurais, sanglotant sur la Présence d’amour qui était à ma gauche à chaque fois que la boue semblait me couvrir et dévoilait ma faute. La Mère de Jésus venait-elle me chercher ? Mais non, je devais vivre pour dire au monde : mais croit, Dieu est amour et l’Eglise est sa servante…

Qui, aujourd’hui, peut encore entendre ce message ? Qui comprend ce mot « amour » ? Aimer l’Eglise, savez-vous que cela surprend aujourd’hui un prêtre, un évêque, un pilier de cathédrale, ces baronnets du parvis. Ils défendent un apanage qu’ils ont pris, un mandat qu’ils se donnent. Il faut bien exister et pour exister, il faut emmerder le monde. Chacun doit être dans les clous. Soyez cloportes ou disparaissaient, l’Eglise est à nous. Méfions-nous des convertis ! Des anarchistes de la Vérité !

Mais ces grenouillets de la peur du dérangement se foutent de la vérité, de la charité ! L’Eglise est leur bonne conscience, ils sont comme les politiques, ils existent par autrui. Pour autant, ils ne savent pas êtres, ce sont des adultes ! Oui, j’aime l’Eglise ! Mais sait-elle encore aimer ?