Archives de catégorie : LITTERATURE ET CULTURE

La culture, une noble porte vers plus de liberté.

GEORGES BERNANOS par Alain PORET

« Voici un texte qui rend hommage à l’écrivain et homme de foi catholique,Georges Bernanos. Alain Poret résume au stylet une des plus belles figures de la littérature française et catholique. Ce petit texte est puissant, alerte, proche de son sujet. Découvrez ou redécouvrez Georges Bernanos, sa lecture vous remettra droit et alertera votre esprit face à tous les défis d’une humanité qui se perd dans ses égoïsmes, dans ses corruptions avec la tranquillité d’un pachyderme rentier. Pierre-Charles Aubrit Saint Pol. »

GEORGES BERNANOS

par

 Alain PORET

 

   Comme le remarque déjà le critique littéraire Sébastien Lapaque dans son ouvrage indispensable Georges Bernanos Encore une fois (avril 2018), la filiation avec Léon Bloy est très nette. De Léon Bloy il partageait les colères contre les opulents, persuadé que la joie des riches a pour substance la douleur des pauvres.

   Né le 20 février 1888 à Paris, Georges Bernanos avait combattu tout au long de la Première Guerre mondiale dans un régiment de cavalerie. C’est la guerre qui persuada G.  Bernanos de la présence effective du mal parmi les hommes. Pendant cinq ans, les poilus de la génération Bernanos dans la boue des tranchées, entre les boyaux des copains et les rats prêts à les dévorer, regardèrent le mal en face.

   Camelot du roi, G. Bernanos, ce « catholique anticlérical », ce « royaliste antifasciste » qui avait rompu avec Charles Maurras et le mouvement néo-royaliste en 1932, dénonça la dérive conservatrice de l’Action Française. Il chercha à réunir la droite royaliste et la gauche révolutionnaire pour tenter une synthèse monarchiste, chrétienne, sociale et syndicaliste ! Loin d’être un projet politique, la monarchie était pour lui une espérance. Malgré sa foi catholique et sa fidélité royaliste, ses rapports avec l’Eglise de Rome et le comte de Paris auraient été très orageux. Gallican, il l’était comme un roi de France.

   Durant la guerre d’Espagne et sous Vichy, il laissa éclater sa rage contre les bigots partis en croisade. Et les cris de G. Bernanos au moment de la guerre d’Espagne, de Munich et de l’Armistice de 1940 ne semblent pas émaner d’un fou, mais d’un « témoin de toutes les folies de son temps » comme le remarque pertinemment le critique littéraire Sébastien Lapaque. L’anarchiste chrétien qu’était G. Bernanos voyait ses contemporains résolus au carnage.

  « Philippe Pétain a parié sur la victoire totalitaire, et moi j’ai parié sur la défaite totalitaire » écrit G. Bernanos. Dès le milieu des années trente, il se démarquera systématiquement de la « hideuse propagande antisémite » : G. Bernanos se solidarisera avec tous les juifs victimes des persécutions nazies et de la lâcheté des autorités de Vichy. Dès juillet 1940, il se rallia immédiatement au général de Gaulle. Avant de mourir G. Bernanos se confessa à un prêtre de trente- trois ans venu jusqu’à lui en fuyant les nazis décidés à le tuer en tant que juif.

   Avec G. Bernanos, le marché mondial est déjà dénoncé en 1945. Son ouvrage La France contre les robots (1944-45) répond à « l’empire économique universel » : « la seule machine qui n’intéresse pas la Machine, c’est la machine à dégoûter l’homme des machines, c’est-à-dire d’une vie toute entière orientée par la notion de rendement, d’efficience et finalement de profit. Le règne de l’argent c’est le règne des vieux. Dans un monde livré à la dictature du Profit, tout homme capable de préférer l’honneur à l’Argent est nécessairement réduit à l’impuissance. C’est la condamnation de l’esprit de jeunesse. La jeunesse du monde n’a le choix qu’entre deux solutions extrêmes : l’abdication ou la révolution ». Dans La France contre les robots, l’auteur évoque la guerre d’Ethiopie (1935-1936) et la guerre d’Espagne (1936-1939) comme des prémices d’une nouvelle guerre totale, pire que la précédente.

   Comme le fait remarquer Sébastien Lapaque, la droite bourgeoise qui avait été sa famille, de même que les chrétiens de gauche dont il avait été le compagnon de route pendant l’Occupation ne pouvaient accepter d’entendre Bernanos renvoyer dos à dos le capitalisme industriel, le fascisme prométhéen et le socialisme collectiviste. « Les régimes jadis opposés par l’idéologie sont maintenant étroitement unis par la technique ». Et sa première déclaration contre le triomphe de la technique date de janvier 1942.

  L’Evangile fit se dresser G. Bernanos contre les puissances du siècle. Il se souvient de la parole du Christ : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Sous le soleil de Satan est la clé de son royaume intérieur. G. Bernanos met en scène des personnages habités par le diable. Il est le « romancier de l’âme », le témoin des êtres confrontés au scandale du mal et engagés dans le tragique mystère du salut. Comme l’écrit magnifiquement S. Lapaque : « L’oubli de l’Enfant divin immolé, le mépris du Pauvre des pauvres mis en Croix annonçait trop clairement l’élimination par notre monde des humbles réfractaires à son ordre pour que Bernanos ne réagisse pas ».

   Il préfère parler de Dieu qu’enseigner la morale. Car le monde était organisé pour se passer de Dieu, et après Dieu de l’homme. De même Charles Péguy avait également compris que ceux qui ont un Dieu sont tenus de s’en excuser… ! G. Bernanos vomissait les catholiques dont la religion se corrompt en moralisme. Comme l’écrit S. Lapaque : « on ne fait pas son salut avec un code de la route ». L’Eglise pour G. Bernanos était autre chose que : « le Temple des définitions du devoir ». Et lui est celui qui voulait « entrer au ciel en qualité de vagabond’. Finalement : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! ».

#LA MEMOIRE D’UNE GAILLETTE N°9 « #Récit autobiographique – #Un chemin vers Dieu » de #Pierre Aubrit Saint Pol

« Dans une jungle et sans boussole je me retrouvais seul, une société dure ou chacun est un concurrent pour l’autre et contre laquelle je ne savais pas me protéger, pas plus que me défendre du mal que l’on pouvait me faire ni comment faire le bien. Je n’avais pas de métier, de formation, je ne pouvais prétendre qu’à de petits emplois et pourtant quelque chose me disait de ne pas m’en inquiéter. Mais pouvais-je faire crédit à une intuition ?  »

Continuer la lecture

LA MEMOIRE D’UNE GAILLETTE N°8 1969 à 1977 « Récit autobiographique : Un chemin vers Dieu »

 

« Je traversais la France sans que je sache quoi faire de ma vie, sans moyen de la construire. Je ne devais pas me retourner. Je partais dans l’oubli. Les tunnels parcourus m’annonçaient une vie en clair-obscur avec des périodes de nuit intense. Il se dit que les grands hommes ont un destin peut-être, mais sans celui des petites-gens qu’en serait-il vraiment pour eux, ces grands hommes ? Je n’avais dans ce train aucun destin dessiné à ma compréhension, mais une certitude, s’il devait s’en dessiner un, il serait plein de peines et peu ordinaire. De cette intuition, j’en avais la certitude intime. »

Continuer la lecture

LA MEMOIRE D’UNE GAILLETTE N°7 « Récit autobiographique : Un chemin vers Dieu »

« On mesure l’importance d’un évènement à ses effets dans le temps comme des ondes scalaires qui n’auraient pas de fin. Certains d’entre eux qui écrivent l’histoire résultent  d’un petit incident qui a pu se produire des années ou des siècles avant. C’est ce qui m’adviendra. Dans l’année de mes douze ans, je fis une démarche irrationnelle, elle déterminera ma vie. […]Le Mois de Marie arriva ! La météo clémente, Dieu nous faisait la grâce de belles journées ensoleillées, des soirées douces. Un bel été s’annonçait. Je décidais de participer à la récitation publique du chapelet. Une démarche spontanée. La Sainte Vierge Marie m’appelait. J’étais le seul enfant au milieu de vieilles dames et demoiselles au pied de la statue de Marie. Ces dames revêtues de long manteau noir, coiffées de chapeaux vieillots comme ces Demoiselles au Chapeau Vert. »

Mémoire7e

Continuer la lecture

LA MEMOIRE D’UNE GAILLETTE N°6 – PIERRE-CHARLES AUBRIT SAINT POL

LA MEMOIRE D’UNE GAILLETTE N°6

« Récit autobiographique : Un chemin vers Dieu »

 

Notre installation à Douai fut rocambolesque. La crise du logement liée à la lenteur de la reconstruction, aux rapatriement des français d’Algérie et autres colonies, nous obligea à camper sur la commune de Sin-le-Noble chez un exploitant agricole qui nous nous offrit sa prairie. Cette situation perdura jusqu’au début du mois de septembre. La date de rentrée ayant été avancée au 15 septembre, je fus scolarisé en retard de 15 jours. Nous trouvâmes une location au 22 rue de la Cuve d’Or en plein centre-ville. Maurice, dès le mois de juin, prit ses fonctions de chef de rayon du meuble et de l’ameublement aux Nouvelles-Galeries situées sur la Place d’Armes.

La proximité du lieu de travail avec la maison et le nombre de bars-cafés sur le chemin renforcèrent les tensions. Nous connûmes des crises paroxysmiques au point délirant que ma mère, dans une scène d’hystérie dont elle avait le secret, nous emmena au grenier et simula devant nous une tentative de suicide. Il y avait en elle de telles forces possédantes que tout pouvait être vrai comme faux, mais son besoin d’être le centre de la maison, quel qu’en soit le prix, était si fort qu’il la préserva d’un acte désespéré que le démon, aurait pu consommer en elle. Témoin de cette scène, je n’en éprouvais rien et, je ne crois pas être intervenu pour l’en empêcher. Je commençais à la mépriser.

Ce déménagement avait eu une étrange influence sur moi, à moins que ce fût mon entrée dans l’adolescence, je prenais mes distances avec tous, je me préservais. Je me renfermais un peu plus. Si on prenait la mesure du regard et du silence d’un enfant, l’adulte deviendrait un homme ou il tuerait l’enfant.

Les sévices ne s’atténuaient pas, ils adaptaient à notre nouvel environnement. Je connus un redoublement de violences physiques et de privations alimentaires. Je n’eus droit qu’à un seul repas par jour, enfermé dans la cave, je ne pouvais en sortir que pour les nécessités naturelles. Je prenais mes repas à la cave, le matin et le soir je n’avais droit qu’au pain sec et à l’eau claire, cela dura deux semaines. La maison était une prison. Je devenais ce que l’on faisait de moi, un enfant difficile, autodestructeur.

La maison existe toujours. Elle est construite sous le modèle commun du couloir latéral, il distribue les pièces en enfilade soit sur la gauche, soit sur la droite, pour nous c’est à droite : salle à manger, séjour, véranda, arrière cuisine, cour couverte et au fond les commodités. Un escalier, accolé à la véranda, mène aux deux chambres, l’une était pour le couple, la seconde pour nous quatre, mes sœurs Berthe et Zette ensemble, Cathy à part. Je dormais dans un lit gage en fer avec son sommier à ressors plats, le matelas était en crin, il n’avait jamais été retapé, et ne le fut jamais. Je dormais sur des bosses et des creux, bien contant de ne pas être trop souvent jeté à même le plancher. Elle possède un grenier. C’est sous l’escalier par une porte en sous-pente qu’on accède à la cave qui garde les traces d’un ancien souterrain ou d’un niveau plus ancien. L’arrière donne sur une ruelle qui date du Moyen-âge, elle contourne de vastes maisons de maître, protégées de hauts murs. De notre chambre, je voyais la caserne des pompiers, le jeu de billon, un petit jardin d’enfants avec des bacs à sable ainsi que l’arrière des immeubles construits dans les années cinquante délimitant la Place d’Armes. Je contemplais le sommet du clocher de l’église Saint Pierre et celui du beffroi qui abrite la mairie, un ensemble architectural gothique flamboyant selon l’architecture hispano-flamande.

 La rue de la cuve d’Or rejoint la Place d’Armes et la Porte de Valencienne par laquelle le Roi Louis XIV entra dans la cité, elle relie la rue de Paris, desservant la Place du Barlet qui, en mon temps, accueillait la foire commerciale et les manèges des célébrations de Gayant, les géants de la légende avec Binbin.

Le faubourg de la Porte de Valencienne était constitué d’une concentration d’usines autour de la gare ferroviaire de treillage que prolonge le Jardin botanique sur la droite, l’un des lieux où je m’évadais, rêvant du Paradis perdu. Face à la Porte de Valencienne, il y a l’église Notre Dame, église gothique, sobre qui fut bombardée par les américains comme le fut tout le quartier à cause de ses enjeux stratégiques. Certains de ces bombardements firent des hécatombes, mon grand-père devant se rendre à Douai ne put y entrer, des lambeaux de chair humaine, des parties de squelettes pendues dans les branches d’arbre. Douai fut très endommagée par le dernier conflit et, la Résistance ayant été rapidement structurée, les répressions de l’occupant allemand y furent sans pitié ni faiblesse[1].

Douai ville martyr. Il est inconcevable que de puissantes familles ayant collaboré avec l’ennemi aient pu s’en sortir sans dommage, conservant leur fortune par des moyens illicites alors que des résistants de la première heure, de tout bord social, n’hésitèrent pas à tout risquer pour l’honneur de leur patrie et l’avenir de leurs concitoyens. Il faut dire que, comme partout ailleurs en France, beaucoup de collaborateurs eurent la vie sauve en s’engageant dans les loges, l’ancienne SFIO y contribua grandement, Canivet, le maire S.F.I.O de Douai, fut un allié de poids surtout si dans ces familles il y avait une de ses anciennes maîtresses.

La ville était cernée d’usines et d’ateliers métallurgiques, la proximité des mines de charbon, favorisa cette implantation industrielle tel que les usines : ARBEL, Breguet etc. Le transit ferroviaire était important et stratégique ainsi que les grandes exploitations agricoles avec les usines sucrières-betteravières. Elle était au centre d’un des plus grands bassins miniers de charbon. Nous nous éveillions et nous nous couchions à la sonnerie des usines. Germinale est une réalité sociale et culturelle.

Je découvrais le monde du travail, ses rigueurs, sa noblesse et ses petitesses dont une effarante misère morale qui ne tenait pas aux conditions financières, mais à l’absence de l’Eglise et d’éducation. Un formatage de chair et de chaîne humaine pas seulement dû à la Gauche laïcarde, mais bien plus sérieusement à la haute bourgeoisie maçonnique qui détenait la réalité des pouvoirs. La construction de cités minières favorisait l’éloignement des ouvriers de l’Eglise et les marginalisait de la société « la bête de somme ». Elles se peuplaient de beaucoup d’immigrés : polonais, italiens.

Je fus scolarisé à l’école primaire Fontellaye, rue du kiosque, face aux entrepôts de marchandises de la ville, desservis par le train. J’étais très surpris, les maîtres respectaient les élèves. On nous considérait comme des personnes. Certes, il arrivait que certains nous giflent, mais c’était rare. Les maîtres avaient un réel souci de nous transmettre un savoir et eux, à cette époque, se préoccupaient de notre éducation morale et civique. Il faut dire que cette école était une référence comme toutes les autres, car la ville accueillait une Ecole Normale dont les étudiants venaient faire leur stage chez nous. Il n’y avait pas la mixité ce qui était une très bonne chose. On avait encore le courage du bon sens.

Le directeur, Monsieur Deschamps, était un homme nerveux, sec, il suivait ses élèves avec une grande attention ; son épouse, plus sèche et sévère que lui, dirigeait les classes de maternelle. L’école possédait plusieurs classes de même niveau ce qui témoignaient d’une sélection sociale relevant du principe de l’Apartheid, c’était à ce point que les élèves de même niveau, mais de classes sociales différentes, ne se fréquentaient pas y compris dans les rues de la cité, on ne se saluait pas. Les bons élèves et les moins bons étaient séparés. Il y avait les classes privilégiées qui menaient au lycée et celles qui menaient à l’apprentissage, vers le technique, considérées comme la lie du peuple. Les cloisons invisibles existaient, elles sont toujours là et étanches. Croire que la République fut dès l’origine une réalité d’égalité est un mensonge qu’elle n’a jamais assumé et qui reste la source principale des tensions sociales surtout aujourd’hui avec la situation économique et l’inconcevable recul de l’Etat qui, entre autre, n’a jamais cessé de se servir de l’enseignement public pour y répandre ses idéologies sans respect les élèves ni les familles et, certains se lèvent contre l’enseignement privé hors contrat, ils ne manquent pas d’air. L’Etat est le premier prédateur de l’innocence et, aujourd’hui bien plus qu’hier.

Je demeurais un cancre, perturbateur. J’étais dans la classe de Monsieur Rousseau, un géant renfrogné qui dissimulait un cœur fondant comme le chocolat qu’il grignotait avec son biscuit sec à 11 heures et à 17 heures pour ceux qui avaient l’étude du soir. Pour une fois que je m’intéressais à ce qu’il nous enseignait, mon voisin bavardait généreusement avec son copain de droite, agacé, je n’ai pas trouvé mieux à faire que de lui présenter ma plume de telle sorte qu’elle le piqua au milieux de la main. Il poussa un cri si strident que le maître qui nous tournait le dos s’arrêta net, la main et la craie en l’air, il retourna ses 150 kg d’un seul mouvement sur un pied, très lentement, puis sa masse déferla si rapidement l’allée que je crus passer à travers la cloison et me retrouver adossé au tableau de la classe mitoyenne. Quand il apprit la cause de ce cri, il me punit de mille lignes qu’il ne réclamera jamais. Une autre fois, mon étourderie me fit traverser la ville en enfant bleu. Le même copain de droite me lança le défi de souffler dans l’encrier dans lequel flottait un morceau de craie blanche et bien sûr, votre serviteur, souffla dedans, je reçus l’encre sur tout le visage toute la classe en ria. Ma mère ne fut pas ravie du résultat, mais j’échappais à la raclée.

Les tensions à la maison se durcissaient, Maurice était souvent entre deux flots d’alcool, ma mère s’entraînait plus modérément au levé du coude. Les coups, les cris tombaient en pluie torrentielle, mais je commençais à dire non. L’été donnait son plein, nous mangions dans la véranda, arriva le moment pour Maurice de retourner au travail, mes sœurs se levèrent pour l’embrasser, moi je restais assis, sans bouger, ma mère me rappela à l’ordre, je ne bougeais pas, son visage se décomposa, elle me redemanda d’aller embrasser « papa », j’amorçais le mouvement de me lever quand lui, stupéfait, sans voix, me fit signe de rester à ma place, mais sur l’insistance de ma mère, je vins l’embrasser. Mes sœurs pétrifiées, ma mère proche de la tombe, je restais calme, Maurice s’affaissait, son visage défait, son regard hagard. Son autorité était défiée. J’eus à payer les conséquences. Sa haine pour moi devenait d’autant plus forte qu’il savait qu’il ne parviendrait pas à aller au-delà, je lui résistais. S’il n’en avait qu’une simple intuition, Lucifer savait…  Il détruisit ma collection de timbres que je commençais. Je n’avais rien à moi qu’il ne détruisait ou me confisquait.    

Le concept d’autorité est légitime, s’il découle de celui de responsabilité, mais encore faut-il qu’il se subordonne à celui du respect de la personne et de l’intérêt du Bien Commun. On ne peut pas dissocier le principe de l’autorité avec la morale. A l’intérieur de ce principe se trouvent des catégories, ainsi l’autorité d’un parent qui s’exerce sur un point d’éducation morale ne peut-être uniformément exercée si l’objet est différent de la nécessité disciplinaire.

L’autorité est légitime quand elle a pour objet un but légitime qui doit toujours intégrer la morale même si la morale, en tant que telle, n’est pas une fin en soi, mais elle est un agent de sociabilité. Il est indispensable de la regarder comme une aide, une lumière naturelle. Celui qui écrase l’individu ou un peuple perd toute légitimité, c’est un monstre, un malade mental. Les enseignants ont trop longtemps considéré que l’enfant une fois dans l’école était leur sujet et qu’ils pouvaient impunément se substituer à l’autorité parentale, c’est plus qu’une erreur, c’est une faute.  Car en confiant leurs enfants, les parents délèguent une partie de leur autorité pour un objectif bien précis ce qui naturellement limite l’usage de l’autorité. Que penser aujourd’hui de ces enseignants qui osent contredire l’éducation que les parents donnent à leurs enfants ?  Qui vont jusqu’à mentir sur le contenu réel de la matière de leur cours pour les manipuler. Ils n’ont aucun respect pour la personne qu’est l’enfant ni pour les parents qui ont une autorité légitime. L’école est grandement devenue un lieu de corruption morale, intellectuelle, sociale, c’est un vivier de prédation à multiples facettes.

 

L’enfant que je fus et qui eut à subir cette oppression perverse, même si je ne parvenais pas à expliquer l’intuition qui m’amena à deux reprises à dire non à la face de ceux qui me mutilaient, je savais qu’une limite ne pouvait être franchie sans que j’en devinsse complice quant à l’intention mauvaise, une contamination qui s’écoulait de Maurice d’autant plus facilement que ma mère n’assumait pas son rôle de protectrice de l’innocence ni de la pureté. Je ne supportais plus le monde des adultes, les hommes et les femmes fortes y étaient trop rares. L’avenir me faisait peur. Je ne parvenais pas à voir demain.

Je pressentais un danger. Dieu m’aida. J’affrontais l’enfer comme certains déportés dans une expérience personnelle avec le mal qui a fait que des individus glissèrent dans l’oubli de leur dignité alors que d’autres ont su dire non au péril de leur vie, comme saint Maximilien Kolbe. Mon comportement difficile avec mes fautes comme le chapardage, le vol de monnaie dans le sac de ma mère, le mensonge, la gourmandise participait à cette autodéfense ce qui n’enlève rien de la responsabilité morale de mon péché, mais je n’avais d’autres issues pour me préserver un peu. Comment exister autrement ? N’avais-je pas droit à une place.

Nous renouâmes avec les grands-parents maternels qui habitaient la Cité de la Sucrerie à Sin-le-Noble. Leur maison, 11 route d’Aniche, faisait face à l’estaminet qui avait appartenu à mes arrière-grands-parents maternels. Nous leur étions distants de quatre kilomètres. J’avais pris l’habitude de me rendre chez eux un dimanche sur deux ou sur trois, l’après-midi pour voir la télévision, me changer les idées et me régaler de leur plateau de fromages. J’avais besoin d’un vrai foyer.

Mon grand-père Pa’Charles, Charles Lefebvre, avait fait toute sa carrière à la mine. Il avait été témoin de la pression exercée par la CGT et le PCF à cause du pacte germano-soviétique. Les mineurs étaient poussés à faire des heures supplémentaires, soi-disant pour favoriser la paix entre les peuples. Cette demande se fit plus pressante quand l’URSS entra en guerre aux côtés des nazis, occupant les pays Baltes et la Pologne, ce fut un piège, car lorsque les allemands occupèrent la France cet effort fut maintenu et même renforcé jusqu’au replis de l’occupant. Pa’Charles refusa de fournir cet effort et eut le courage de les avertir que la conséquence de ceci aboutirait à la fermeture des puits après la guerre[2]. Les évènements lui donnèrent raison. La collaboration des mineurs pendant les premières années de la guerre explique également la sévérité De Gaulle face aux grèves de 1963.

Lors des grandes grèves des mineurs, après que les syndicats, surtout la CGT, leur aient fait miroiter des printemps enchantés, au final, les résultats furent bien décevants. Mon grand-père qui était à la retraite nous rapportait que ses collèges déchiraient leur carte du P.C.F. et de leur syndicat. Il avait été témoin de leur désespoir, de leurs larmes et surtout de leur humiliation. Le recul du PCF commença par cette manipulation de trop. J’allais vers mes 13 ans, c’était en mars et avril 1963. A ces récits, je décidais de ne jamais adhérer à aucun syndicat ni à aucune idéologie, ni partis politique. Instinctivement, je savais que ce n’était pas là ma place et, quelle que soit l’idéologie, elle est contraire à la dignité intrinsèque de l’homme. Je pressentais qu’il devait y avoir une autre voie, mon intérêt pour l’histoire de France me le démontrera : le Roi. Très vite, j’eus l’intuition que le peuple de France n’avait rien à voir avec la République[3]. Je m’éveillais à la vie intellectuelle en pointillés.

Pa’Charles nous apportait les produits du jardin ce qui devenait une nécessité et nous procurait de son charbon et de son bois. Notre situation financière devenait toujours plus précaire, l’argent passant dans les boissons, les voyantes, les magnétiseurs et les paris turfistes… Cette situation justifiait que je me rendisse à pieds chez mes grands-parents. Ils nous chaussaient et les dons de vêtements nous habillaient, ma mère les mettait à notre taille. Lorsque j’entreprenais d’aller à la Cité de la Sucrerie et que j’étais à pieds, je me répétais sans cesse, en cadence : « Tu seras un homme ! » toutefois, je ne savais pas ce que cela signifiait être endurant à la souffrance, à l’effort physique ne garantissait pas le sujet de sortir de l’adulte et, je n’étais entouré que d’adultes.  Il m’arrivait de prendre telle ou telle autre personnalité publique pour me donner un exemple d’homme, De Gaulle en faisait partie. Il fallait que je puisse poser mon regard sur une image emblématique, un symbole de virilité, de force de caractère. Je m’accrochais à ce que je pouvais pour me maintenir au-dessus, juste au-dessus de la ligne de flottaison. Me noyer, c’était mourir. Est-il normal de penser à mourir à douze ans ? J’avais devant moi ce qu’il ne fallait pas faire, mais j’ignorais le bien qu’il fallait faire et comment le faire.

Ma mère se donnait d’avantage aux pratiques de l’occultisme, de la magie. A cause de mon extrême sensibilité, de ma sensibilité médiumnique, je prenais toutes les conséquences mauvaises, une éponge. Les conséquences de ces pratiques occultes passent à la descendance par la loi du sang. Tous les soirs, je ressentais, une fois couché, une intrusion en moi, comme une bête. Elle commençait par les chevilles et remontaient vers ma tête, je savais qu’il me fallait lutter. Je ne devais pas permettre que cette intrusion atteignît mon cerveau. Il m’arriva de noyer mon lit de transpiration sous l’effort. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait ni la cause, mais il ne fallait pas que je me laissasse vaincre par cette chose. Je n’avais personne à qui me confier. Ce n’est que beaucoup plus tard que je compris ce dont il s’agissait grâce à des prêtres exorcistes. En entrant dans l’adolescence, j’affrontais les tentations objectives sans savoir comment les vaincre, subir les coups de toutes sortes et humiliations, mais aussi affronter les puissances d’en bas sans autre secours que ma volonté. Dans ces circonstances comment être un enfant calme, docile, obéissant ? Si je posais des actes répréhensibles c’était pour survivre, me convaincre que j’existais, car lorsque je faisais le bien, on ne me voyait pas. Jamais d’encouragement, jamais de je t’aime, jamais de caresse… Les devoirs d’état de ma mère et Maurice envers moi étaient au minimum, juste ce qu’il fallait pour donner le change, pour apparaître, ne pas attirer le regard des autorités.

Ma grand-mère, Ma’Antine, Valentine Wasson, épouse Croenne puis Lefebvre après dix ans de veuvage, était une femme simple, habitée par un solide bon sens et une droiture qui faisait d’elle un monolithe contre les effondrements moraux que la société donnait déjà à voir. Il nous arrivait, chacun à notre tour, de séjourner chez nos grands-parents pour les vacances. Nous arrivions toujours un dimanche, les fragrances culinaires nous accueillaient. Nous entrions par l’arrière de la maison, côté cité, ses rues noires de charbon, ses jardins fleuris et potagers, ses maisons en arcades, car la nationale était dangereuse à moins de monter sur le trottoir. Nous passions par la cour couverte et cimentée, toutes sortes de parfums, de fumés mélangés aux fragrances de la resserre où séchaient, oignons, ail, échalotes, piments, herbes aromatiques. La maison de Ma’Antine était notre « Maison pain d’épices ». Nous étions accueillis par : Essuyez vos pieds et filaient par devant, je ne veux personne dans ma cuisine qu’elle élevait au rang de sanctuaire quand il s’agissait de préparer le repas. Mais cela ne se produisait pas avant d’avoir embrassé ses p’tiots. Ce furent là des instants de vrai bonheur. Elle nous embrassait et nous serrait si fortement dans ses bras que si elle avait pu nous protéger de l’intérieur de son sein elle l’eut fait. Tout son amour de mère passait par ce moment de tendresse. Elle nous faisait des baisers claquants. Elle savait ce que nous supportions sans que nous ayons à lui dire, elle ne pouvait faire grand-chose, mais ces moment-là, c’était elle et, elle ne retenait rien de sa tendresse. Dans le séjour qui aurait dû être la cuisine étaient exposées les tartes à gros-bord, aux pommes, aux poires et au sucre que nous n’aurions que si nous finissions notre assiette qui débordait de générosité.

Ma’Antine était fine, elle se faisait passer pour une simplette, mais là était sa force. Je le compris, car que de fois je l’ai surprise à résumer une situation en quelques mots faisant trembler son interlocuteur tant ils étaient chargés de bon sens, sa bienveillance avait la fermeté de la femme forte. La flamande qui, les mains sur les hanches, vous regarde droit dans les yeux et vous dit : Comment ? Ces femmes-là ont tenu la France, elles ont tenu leurs hommes aux combats, car elles tenaient propre leur tablier.

Un jour, elle m’autorisa à jouer sur le trottoir de l’arrière avec l’interdiction de me retrouver sur le trottoir d’en face et, avec Ma’Antine, il était mieux d’obéir. L’avenir lui donna raison.

Je jouais sur son trottoir lorsqu’une dame assez forte, si forte qu’elle semblait rouler en vélo sans sa scelle, m’interpela par : « Bonjour Pierrot ! », je lui rendis son bonjour. Mais après qu’elle se fut éloignée, Ma’Antine me commanda de la rejoindre, elle m’attendait le balai à la main et le ramasse-poussière, elle me commanda de balayer la cour sur un ton si raide que j’obtempérais sans mot dire. J’étais sidéré qu’elle me le demande, car ce n’était pas dans ses habitudes et la cour était si propre qu’on pouvait manger au sol. Je m’exécutais sans rien avoir à mettre dans le ramasse-poussière. Quelles que minutes et, elle me rappela, récupéra avec un sourire malicieux son matériel et me dit sur le ton d’un policier réclamant mes papiers : « M’in tiot, on ne parle pas à une pi’eau de lapin ! » J’en restais bouche bée. Je savais que c’était grave, mais j’ignorais son sens, de saisissement, j’allais dans la salle-à-manger lire une bande dessinée.

Ma mère vint me rechercher et je lui demandais ce que signifiait l’expression de grand-mère. Elle me montra une potence qui se trouvait dans la cour, fixée sur le mur et m’apprit que c’était-là qu’on pendait les peaux de lapin pour les vendre au chiffonnier, la peau était retournée et bourrée de paille, puis pendue à la potence que le vent séchait. Je craignais de voir cette pauvre femme pendue à ce mur, elle l’eût fait s’écrouler.  Cette dame, quoique mariée, vendait ses formes arrondies et fort pleines pour améliorer ses fins de mois. Elle valait moins qu’une peau de lapin.

Comme disait Ma’Antine, il ne fallait pas se déranger, mais tenir sa maison.

Quand nous lui parlions d’une personne mal policée, elle répliquait : « M’in tiot regarde ailleurs, c’est du sot ! » et s’il s’agissait d’un orgueilleux : « M’in tiot, laisse faire le soleil, il finira par fondre ! ».

Elle avait plusieurs religions, le travail, tenir sa maison, tenir propre son tablier, c’est-à-dire être honnête. Elle n’allait guère à la messe, mais il ne fallait pas dire du mal de l’Eglise ni du Bon Dieu, elle avait son signe de croix qui, lorsqu’elle se signait, disait tout de son amour de Dieu et du genre humain. Elle fut mon épée secrète. Comme elle me manque !

Le lundi était son jour de lessive, journée spéciale, digne d’une liturgie pontificale. Elle installait des toiles dans son séjour, trier le linge par qualité et état de propreté puis, malgré son lave-linge, selon ce que c’était, elle le faisait bouillir dans ces lessiveuses qui nous servaient de baignoires. Si par malheur, nous traversions le séjour au moment du tri, nous avions droit à des remontrances sévères relevant sans aucun doute du lèse-majesté. Tous le savaient, on ne faisait pas visite à Valentine un lundi. C’est à peine si Pa’Charles avait droit à ses pipes aux heures précises, pipes ornées et singulières ; il y avait celle du chien pour onze heures ; celle de neuf heures, le chat ; celle d’après le repas, l’oiseau ou le fourneau ; celle de l’après-midi, un lapin ; celle du soir, un fourneau. Il fumait du petit-gris. Les pipes pendaient sur un porte-pipes. Il y avait un risque de demander à Ma’Antine, la pipe de 11 heures si elle avait sa pince à la main avec laquelle elle soulevait le linge dans la lessiveuse pour le transvaser dans le lave-linge via une bassine.

Elle fut veuve avec deux enfants à charge et pas d’allocation familiale à l’époque. Elle confia ses enfants à sa mère et se plaça comme cuisinière et gouvernante, elle avait la charge des pièces contenant des objets de valeur. Un jour, que ses employeurs s’étaient absentés, elle trouva sous le tapis du bureau de la monnaie papier et des pièces. Elle alla chercher un marteau et des clous, elle cloua le tout, remit le tapis dessus et attendit ses employeurs, sa valise faite. Quand ceux-ci arrivèrent, ils apprirent ce qu’était l’honneur d’une honnête femme. Sa réputation était si grande, qu’on venait la chercher à domicile pour sa cuisine et son sérieux. Valentine Wasson était une dame. Elle était de condition ouvrière, très modeste et n’avait fait que peu d’études, mais lorsqu’elle recevait, c’était une reine qui accueillait, ceux qui la visitaient en sortaient grandis. On ne pouvait pas mentir en sa présence, elle le voyait et ne supportait pas qu’on le fasse même pour la taquiner. Elle mourut subitement, d’un anévrisme rénal chez ma mère alors qu’elle lui rendait visite. Je n’étais pas là.

Son caractère était entier, passionné, très nerveuse, il lui fallait toujours une occupation, lorsqu’elle avait appris que quelqu’un était méchant, comme Maurice, elle le condamnait à entrer dans un tonneau qu’elle aurait aimé remplir de gros sel, fermé et clouté de toute part et elle l’aurait fait dévaler les ponts de Lille et d’Aniche. Elle nous faisait bien rire, car nous savions qu’elle en était incapable. Elle était comme sa mère, mon arrière-grand-mère qui, indignée d’un mal qui avait été fait à autrui, versa sa pelle de charbon dans son pot-au-feu, n’ayant pas eu le réflexe de reculer la marmite du foyer. Cet évènement se déroula avec toute la famille, tout le monde le vit et personne ne parvint à retenir le geste. On mangea du hareng-saure, des pom’tierre à la croque-au-sel avec un bon Vieux-Lille et le Maroilles et bien sûr le café sucré à la chicorée.

Si mes grands-parents avaient une vague idée de ce qui se passait avec Maurice et ma mère, ils n’en disaient trop rien, car les usages n’autorisaient pas que l’on se mêla de l’éducation que donnait un tel à ses enfants même si c’était la famille, il y avait aussi que Maurice faisait peur. Le mépris affiché de Maurice et de ma mère à mon égard était si puissant et répétitif que tous étaient convaincus que j’étais un bon-à-rien, que je serai qu’un manœuvre, un O.S., ouvrier sans qualification. Maurice avait l’idée de m’envoyer à la mine. Il m’arrivait de m’ouvrir sur ce que je pensais faire, on me dissuadait de faire des études. Le monde entier était convaincu que j’étais un attardé, le regard pseudo compatissant des adultes était chargé de mépris, de sous-entendus, même ma sœur Berthe en était convaincue. Je me demande aujourd’hui si ce n’était pas une protection de Dieu, il ne voulait peut-être pas que ma personnalité apparaisse dans sa vérité… Je surprenais des regards inquiets, malveillants chez ma mère, chez Maurice et plus tard chez mon père et ma belle-mère et le pire peut-être chez Berthe et cela dure encore aujourd’hui. Le démon qui me voyait par eux faisait ressentir sa peur, on savait mon goût pour l’écrit malgré mon niveau très faible en français, ma mère me déchirait les pages et avait des colères paniques. Elle me reprochait mon attitude comme si brutalement je sortais de ma condition, me traitant de prince, je n’en avais aucune conscience.

 

L’année mille neuf-cent-soixante-deux fut celle de ma profession de foi et d’un évènement qui saisira mon entourage, déterminera ma rencontre avec Dieu et l’acceptation plus tard de sa grâce de conversion. L’Eglise m’attirait de plus en plus, mais de plus en plus je m’éloignais d’elle même s’il m’arrivait d’assister à la messe et d’entrer dans un sanctuaire pour prier ou simplement apprécier le silence du lieu. Je me laissais envahir par cette présence mystérieuse, mais il y avait trop d’adultes et pas assez d’hommes pour chercher à comprendre la cause et la source de cet attrait. Les églises m’apaisaient, mais je ne pouvais m’en ouvrir à personne. Les prêtres devraient être des hommes pas des adultes, si on est pauvre en présence de Dieu, on n’a pas le droit d’être médiocre pour autant à la face du monde. Mille neuf-cent-soixante-deux, comme toutes les années, avait son mois de Marie… (à suivre) 

[1] Suite au désastre de Dunkerque, des officiers du renseignement britanniques, français et belges se dispersèrent derrières les lignes allemandes et œuvrèrent à constituer les premiers réseaux de renseignements, l’estaminet de mes arrière-grands-parents maternels fut l’un des centres et on n’en a pas fait tout un fromage comme beaucoup d’autres, mais il est vrai que nous n’avions pas une maison au Canada à promouvoir. Dans ma famille on fait son devoir envers la France et on se tait, car servir n’est pas se servir. La cité de la sucrerie à Sin-le-Noble connut une rafle nocturne sur la dénonciation d’une polonaise de Danzig, polonaise allemande, quarante jeunes gens furent raflés et aucun n’en revint. Lors de la Libération, les FFI la fusillèrent dans sa cuisine sous le regard de ses enfants.

[2] L’extraction du charbon doubla à partir du pacte germano-soviétique et ce jusqu’à la fin du conflit.

[3] Cet éveil pour la France royale se développa avec ma vie spirituelle, avec ma pré-conversion.