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PROMETHEE N°4 – L’EVOLUTION DE LA PENSEE PHILOSOPHIQUE – LA CHUTE DU LEGISLATEUR

« Vous le constatez donc, il y a bien eu complot, certes le seul vrai comploteur est Lucifer, mais il a des affidés parmi les hommes et les femmes de notre temps. Vous ne pouvez pas nier qu’il y a bien une intention ordonnée qui aboutit aux manipulations génétiques en vue du clonage reproductif humain et auxquelles s’ajoutent la production de chimères. Cette intention ordonnée trouvera des complices, des exécutants dans tous les domaines de la société, mais bien plus gravement dans l’Eglise et l’Eglise de France. »

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MAGAZINE – 1er trimestre – Si les Anes Savaient…

« Nous voici dans la dix-huitième année de ce nouveau millénaire et, alors que je rédige cet éditorial, à quatre jours de la clôture d’un siècle de grâces accordées par Dieu à la demande de la Très Sainte Vierge Marie, je mesure la surdité de ce monde aux enseignements des papes sur la vie et la famille successivement depuis le Pape Pie XII le Grand.
C’est une année de tous les dangers. Elle est celle de biens des menaces si nous considérons la seule volonté des puissants soumis aux hommes d’iniquité qui dominent apparemment le monde. Ne nous étonnons pas des épreuves qui s’abattent, car cela veut dire que nous avons encore un temps de miséricorde individuelle. Nous redoutons la période de paix qui sera le lit de beaucoup de séductions redoutables et desquelles il sera difficile de revenir. »

MAGAZINE – 1er trimestre – « SI LES ANES SAVAIENT… » 

 

MEMOIRE D’UNE GAILLETTE – Un chemin vers Dieu – 1949-1960 1er ch.

Pierre-Charles Aubrit Saint Pol

LA MEMOIRE D’UNE GAILLETTE

« Récit autobiographique : Un chemin vers Dieu »

Joseph, le patriarche, fut précipité dans un puits, Daniel, le prophète, dans la fosse aux lions, Jérémie, le prophète, dans une citerne. La fosse est le nom commun qu’en donnaient les mineurs pour désigner le lieu d’extraction du charbon. La gaillette était un gros morceau de charbon pur qu’on appelait aussi pépite, elle était extraite du cœur de la veine.

La fosse est un lieu de solitude imposée, le fond du désespoir. J’y fus jeté dès ma conception. Les adultes étaient mes lions. Lieu noir au-delà de la nuit, sans limite apparente, vivier de révolte, voie sans issue. Le sentiment de la fosse intérieure procède d’un effondrement où plus rien ne semble vous retenir à la vie. Le sentiment de terreur vous étreint pour mieux vous anéanti. La sarabande du démon. Ces épreuves peuvent venir de ce que Dieu dévoile son appel qu’Il vient de proposer à l’âme nouvelle et qu’elle a accepté dans une totale liberté et un don total, choix établi sur la Memoria dei, cette mémoire immédiate de l’âme nouvelle qui contemple encore la Procession de Lumière du Père éternel.

La fosse est le contraire du puits de sagesse, elle illustre le mystère du mal. Un abîme qu’il ne faut pas sonder. Le mystère du salut ne se sonde que si le chercheur est dans le don de lui-même à Dieu. Qui peut entrer dans l’intention de Dieu ?

Mon autobiographie témoigne de l’Espérance, elle est toujours proposée là où tout semble perdu. Une solitude enténébrée est subitement illuminée par la Miséricorde de Dieu. Il faut tomber à genoux.

Au fil des étapes de mon histoire personnelle, j’aborde des thèmes de société, car écrire ses mémoires, ce n’est pas seulement témoigner de sa propre histoire, ce qui est d’un moindre intérêt, mais de l’incarnée dans l’histoire générale puisque chacun de nous contribue à l’écrire. L’histoire est la mémoire universelle de l’humanité. Elle n’est propre qu’à l’homme et au Verbe de  Dieu qui l’assume et l’écrit avec nous. Les évènements majeurs ou mineurs lui donnent sa consistance, ils ont une cause première qui remonte parfois à plusieurs siècles et, dont les effets peuvent se prolonger loin dans l’avenir si leurs liens ne sont pas coupés par des prières spécifiques.

L’histoire générale et individuelle est impactée par le péché originel qui est une contrariété aux conséquences permanentes sur la descendance d’Adam et Eve. Elle se constitue et résonne du débat qui reproduit le schéma adamique de la tentation en chacun d’entre nous : choisir entre le Bien et l’absence de Bien, car le mal n’est ni quelqu’un, ni quelque chose, c’est fondamentalement une absence de Bien, un vide sans amour, sans lumière qui aspire la volonté de l’homme jusqu’à ne plus avoir la liberté, la volonté de choisir ultimement la Miséricorde. Oui, toute l’histoire s’articule sur ce drame cosmique : choisir le trop plein d’amour et de liberté du don ou s’y refuser. Le chrétien contemple tous les jours la réponse : Le Christ-Jésus sur la croix. Il n’y a pas d’autre réponse possible, car en elle se trouve la victoire de l’homme juste.

Tout ce que vous lirez est rigoureusement la vérité. Mon parcours fut certainement moins douloureux, moins désespérant que d’autres, mais il est vrai même si je ne dis pas tout. Et, avec mon regard d’homme de soixante-sept ans, je me demande encore aujourd’hui comment j’ai pu survivre, comment j’ai pu pardonner. Je n’arrive pas à supporter les faits divers, les fictions qui concernent la souffrance des enfants. Il m’arrive d’avoir des montées de colère contre ces adultes qui ne seront jamais des hommes et des femmes fortes. Ils ont une psychologie d’adolescents attardés, des faux enfants vieillis aux acides de l’égoïsme, de la peur et d’un égo de bonbonnière putride et ce sont eux qui nous dirigent… Ces incapables de la viridité.

Je dédie ce témoignage à tous les enfants qui, aujourd’hui, ne connaissent ni espoir, ni espérance.

1er 1949-1960

Ma génération est une victime de guerre. Nous fûmes conçus dans la crainte d’un conflit nucléaire et dans l’espérance désabusée, improbable d’une paix universelle. Devenir un homme tel était le leitmotiv, il voulait dire : élever un enfant dans la perspective d’une guerre, car on ne sait jamais.

O certes, la paix règne sur le continent européen ! C’est une paix malpropre, insalubre par laquelle se justifie un accroissement de violence dite de confort qui nous fait rejoindre l’humanité avant le déluge noétique et dans laquelle nous posons des actes indigne du regard animal.

Ma génération est celle de la guerre. Elle est pleinement aussi celle de la révolution qui atteindra sa conclusion avant 2050. Elle mange sa queue. Nous ne pouvons plus appréhender notre histoire avec la grille cartésienne ni aucune autre idéologie. Le chrétien ne peut la regarder qu’à partir et de l’intérieur du regard de Jésus sur la croix. Toute paix, depuis le schisme de la Réforme-protestante, n’est qu’un concept frelaté, une transition avant de faire un autre pas vers l’Antéchrist. La révolution de 1789 ne cesse pas et n’a jamais cessé, Dieu est la seule puissance de justice et de miséricorde qui puisse y mettre un terme. Il n’y a aucune puissance humaine qui la maîtrise et le bourgeois n’est qu’un impuissant de la vérité et de l’amour. Un rentier sans grandeur. Il n’est plus possible d’espérer une paix vraie sur cette terre puisque la majorité des cafards s’est détournée de Dieu, Lui fait la guerre. Elle a consommé la troisième Grande Transgression en s’en prenant à la chambre de vie déchirant la Paternité Incréée du Père éternel.

Etre né à Lille, dans la Nord et non pas dans les Hautes de France – celui qui a inventé ce mon a mangé la coquille des moules et s’ébat dans les pelures de pommes-de-terre –. Etre un ch’ti, c’est avoir été bercé par le canon, la mitraille, les rafles, les nuits enchaînées, être couvert par le vol noir des corbeaux.

J’ai reçu les récits de mon arrière-tente qui avait recueilli le témoignage de la guerre de 1870, puis ceux des deux guerres mondiales et les épopées de la colonisation et de la décolonisation. Tout enfant, du Nord ou de l’Est de la France est né de la guerre, mais ce fut tragiquement vrai pour ma génération qui est coiffée par la menace atomique et maintenant la sabre de l’islam. La guerre de dissuasion, la guerre froide. Seigneur, une guerre est une guerre quelle que soit sa forme !

J’ai été conçu dans la mémoire de la violence. J’ai bu, sucé le sang des valeureux, mon éducation a été formatée par l’appréhension d’un autre conflit, d’une catastrophe universelle : « Mim tiot, on ne sait jamais ! Il peut y avoir une autre guerre. » Que de fois ai-je entendu cette menace qui sonnait comme une fatalité, un glas et sur laquelle résonnaient ces autres paroles : « Deviens un homme ». On ne m’a pas donné la recette, le mode d’emploi pour le devenir. Devenir un homme, c’était se préparer à la guerre. Devenir un homme, ce conseil venait souvent de ces adultes qui ne surent jamais le devenir. Ces ombres si ordinaires.

Ma génération a vécu dans une bulle de paix frelatée. Un mensonge. Un état permanent de violence qui fait nous rapprocher de l’Apocalypse. L’Apocalypse a débuté, rien ne peut la retenir. Les terroristes intégristes islamistes  nous ont rendu service. Ils ont réveillés ceux qui devaient l’être, veillons à rester vigilants, en alerte. Reprenons le flambeau des résistances spirituelles, culturelles, morales. Relevons la croix et plantons-la dans le baptistère de Clovis, il doit se remplir à nouveau.

L’Apocalypse a commencé par la renonciation du Pape Benoît XVI. Il a remis le gouvernement de l’Eglise à Jésus.

Le relativisme dans l’Eglise atteindra bientôt son apogée, il couvrira l’univers de son blasphème et ouvrira la page de la grande apostasie qui n’épargnera aucune religion. Le relativisme s’identifie maintenant dans les récents documents du Magistère, dans les directives pastorales. La doctrine est soumise à la pastorale. Le péché est devenu relatif et la Miséricorde divine est à la soupe populaire. Il y a un contre-sens au Vatican, la faille est ouverte.

Je suis issu des trois dynasties qui ont fait la France. Les régions de Flandre, Artois, Picardie abritent des familles d’ascendance noble et Franque, la plupart sont de condition très modeste, mais elles conservent un noyau de vertus à faire rougir notre élite.

Je suis né dans un foyer pauvre, mes grands-parents étaient pauvres, étrangement il y a eu des mésalliances selon les critères de la « bonne société », si bien que, paradoxalement, j’ai des ascendances très riches, mais dont je n’ai jamais joui d’aucun bien. Il fallait que je naquis pauvre et que je demeure pauvre. Vous le dirai-je, vous le dirai-je ! Cette pauvreté est ma fortune. Si vous saviez le bonheur que l’on peut en tirer, mais ce n’est pas un aller simple pour le paradis. La pauvreté à ses pièges tout autant que la richesse surtout si elles ne sont pas remises à Dieu.

Mes parents se sont mariés par décision des deux familles qui étaient apparentées au second et troisième degré. Mon arrière-grand-mère maternelle craignait que ma mère ne s’engage pour Londres, c’était au début de la guerre et, il fallait que mon père trouve un équilibre, une stabilité affective. Elles ont mariés deux immatures, deux égocentriques, deux adultes et ce fut une procession de malheurs sur des années.

Mon grand-père paternel, Maurice, après avoir occupé le poste de directeur de banque fut sans travail, bouc émissaire de la crise de 29 et de la malhonnêteté d’une direction générale, il finit sa vie comme manutentionnaire. Ma grand-mère paternelle, Berthe, se sépara de lui et se plaça comme gouvernante dans des presbytères, tous les deux moururent à l’hospice. Je les ai très peu connus.

Ma grand-mère maternelle, Ma’entine – Valentine – était fille d’un maçon de mine qui était issu d’une des grandes familles du douaisi, les Wasson, épousa une fille Carlier, mésalliance, mais aux admirables vertus. Elle fut orpheline de mère à l’âge de douze ans, éleva ses quatre frères et sœurs, leur donna une situation, se maria, eut deux enfants dont Ma’entine qui épousa en première noce mon grand-père qui mourut des suites de la Première guerre Mondiale, il avait été déporté en Allemagne, à Berlin, comme civil âgé seulement de dix-huit ans. Elle se remaria dix ans plus tard avec Charles Lefebvre – Pa’Charles –, mineur.

Si mes ascendants étaient pauvres, ils étaient honnêtes, travailleurs, mettant la morale au-dessus de tout, le travail à la place de Dieu. Ni on se couchait, ni on se levait sans faire son signe de croix dont la majesté m’éblouissait, Ma’entine s’illuminait quand elle se signait. Il ne fallait pas mal parler de Dieu : « M’in tiot, il faut se tenir ! »

Mes parents s’installèrent à Lille, rue de Brigode, mon père était d’abord garçon boucher chevalin et ma mère au foyer. Ils reprendront une boucherie chevaline, la première à Ronchin, la seconde rue des Postes à Lille.

Je fus conçu en septembre mille-neuf-cent-quarante-neuf, mois des anges durant lequel sont célébrées la naissance de Marie, la Croix Glorieuse, Notre Dame des Douleurs. Je naquis en mai, mois de Marie. La croix aura été une longue constante dans ma vie, sa présence me fut signifiée le jour de ma naissance. Quelques heures après ma naissance, ma grand-mère paternelle, Berthe, découvrit que je faisais un empoisonnement du sang, j’aurai dû mourir. Elle me baptisa et je fus miraculeusement guéri, épreuve prophétique en soi, elle certifiera ma vie. Berthe était pieuse et, la manière dont elle me regardait les quelques fois où je l’ai rencontrée, me laissa le sentiment qu’elle connaissait ma destinée. Les grandes étapes de ma vie ne cesseront d’être marquées par la liturgie de l’Eglise.

A la naissance de mon fils aîné, ma mère m’apprit que j’avais été l’enfant de la réconciliation, à cette nouvelle, je n’ai ni hurlé, ni vomi. Mes géniteurs avaient décidé de divorcer. Les familles se  dressèrent contre cette décision et je fus conçu dans l’espoir que tout s’arrangerait. J’ai porté le poids de cet espoir déçu toute mon enfance et au-delà. Il ne faut jamais mettre un enjeu sur la conception d’un enfant, le regard des géniteurs, dans cette situation, sera à jamais teinté d’amertume, d’agacement puisque j’étais un témoin vivant de leur échec. Et j’ai eu des moments où ce regard d’amertume se chargeait d’une colère de dépit, d’une colère désespérée dans lesquels des passages fugaces de haine apparurent accompagnés de faits, de paroles.

Mon père conserva ses appétences mauvaises toute sa vie. La séparation de ses parents l’avait livré à lui-même, ses concupiscences le dominèrent jusqu’à sa mort. Il était très intelligent ; élève de sixième, il était appelé en terminale mathématiques pour résoudre les problèmes. Il a trompé ma mère qu’il n’aimait pas et, je crois qu’aucun d’eux n’aimait l’autre. Il buvait plus que de raison, fumait, avait des colères et des violences. L’enfant gâté, égoïste ne devait pas être contrarié ni admettre le moindre reproche. Il était très beau, séducteur et usait de son charme pour obtenir de ces dames ce qu’il voulait, malgré qu’il fut marié et père, il resta un gigolo, c’est de cette manière qu’il monta ses affaires.

Ma mère n’avait guère de discernement, mais beaucoup de malice, campera toute sa vie le rôle de victime avec une complaisance satanique. Elle sera de bien des façons la première marche de l’enfer dont elle fut un agent actif plus par bêtise et recherche de reconnaissance. Elle ne cessa de fréquenter les voyants, les magnétiseurs, les sorciers et cercles spirites… Elle se laissait facilement manipuler pour vu qu’elle attira l’attention sur elle. Elle finira sa vie comme guérisseuse. Elle était enfin importante.

La conception d’un enfant est un acte qui renouvelle la Création. Elle s’inscrit dans la filiation de la Paternité Incréée du Père éternel qui pense sans cesse son Acte Créateur de l’intérieur de sa Procession de Lumière.

Le rappel du Pape Paul VI au sujet de la paternité et de la maternité responsables vient de cette filiation. S’il est vrai qu’un homme et une femme mariés selon la Loi naturelle s’appartiennent exclusivement l’un à l’autre, ils ne sont pas l’un pour l’autre un jouet ou sujet de leur seule jouissance. L’union matrimoniale n’est pas le lieu où les concupiscences doivent exploser, dans ce cas de dérèglement, il y a une infidélité aux fruits du sacrement de mariage. C’est pourquoi, se marier n’est pas une décision banale, ce n’est pas un article de libre-service. Le mariage est une décision majeure qui engage sa vie et celle d’autres.

Que dire alors du mariage chrétien qui, lui, s’inscrit de plein droit dans l’économie du salut ?

Les enseignements de Jésus sur cette question sont forts développés, précis, il n’est pas acceptable d’introduire une approche relativiste. Quand un homme et une femme se marient, ils constituent une union qui rejoint l’UN de Dieu, elle ne peut être brisée que par la mort, car à la constitution de cette union légitime il surgit la grâce de Sponsalité qui exprime cette indissolubilité. Cette grâce est la figure de la Très Sainte Trinité puisque Dieu voit trois et non deux pour chacune de ces unions matrimoniales. C’est de l’intérieur de cette Union Sponsale que se désire le projet de procréer selon la Loi de Dieu. Bien sûr, il y a des conceptions faites hors mariage, mais elles sont exceptions, le fruit du péché que les auteurs doivent assumer et dont ils répondront. Mais dès que l’on a le désir de procréer alors, on peut considérer que l’être désiré est comme une réalité, sa personne devient pour les parents plus qu’un projet, mais une réalité d’amour, un existant d’amour, il suffit de voir les mamans, les époux en mal d’enfant pour comprendre que ce désire forme une réalité qui est au-delà du virtuel. L’être à venir est une personne, il faut la respecter dès lors pour ce qu’elle sera ou est. L’enfant est désiré dans l’amour uni des parents et il est conçu et élevé au cœur de cet amour vivifié par et de l’intérieur de la grâce de Sponsalité, de la même manière que la Création fut pensée, ordonnée et sanctifiée de l’intérieur de la Très Sainte Trinité. Dire que l’homme est image de Dieu n’est pas une figure rhétorique, mais une réalité spirituelle, intellectuelle et physique. Voilà pourquoi, projeter sur l’enfant, avant sa conception et durant sa gestation, un projet en lien égoïste avec ses géniteurs ou son milieu familial et social est une faute, car avant toute chose, il est projet de Dieu sur la terre dans l’économie du salut. Faire porter au futur petit-d’homme un projet auquel il n’a pas donné son assentiment, c’est se former un bâton de châtiment, car il se produit sur la conception une déchirure et une ombre s’y projette, ce fut mon cas. Mes soixante-cinq années ne seront qu’une incroyable, inconcevable marche dans la nuit. Il faudra attendre mon accident de santé pour qu’elle se déchire enfin, certes il y a eu des lumières merveilleuses, mais la nuit demeura, car entre le moment de ma conversion où je compris que Dieu m’aimait pour moi-même et celui où je fus libéré de ma mission expiatrice, je menais un combat spirituel, intellectuel et affectif qui me semble inhumain puisque à l’intérieur de celui-ci c’est contre l’enfer et ses démons que j’eus à lutter. Si Dieu ne m’avait soutenu, je serai mort ou fou. Il est évident que Dieu ne cessa d’être présent à moi dès ma conception. (A suivre)

LA MÉMOIRE D’UNE GAYETTE de DE WASQUEHAL

LA MEMOIRE D’UNE GAYETTE

De

Pierre-Charles Aubrit Saint Pol

N°1

Je sors d’une déprime. J’aime trop l’Eglise pour accepter que François qui ne fut pas élu, mais désigné, s’applique à exécuter le plan du cardinal Martini. Qu’il soit saint ou pas, il fait glisser l’Eglise dans la fosse. Il n’est pas blanc, mais gris. C’est un jésuite ! Il a introduit la manipulation sémantique dans les documents pastoraux. L’Eglise n’a pas à plaire au monde, mais l’appeler à atteindre la cime. Notre hiérarchie est tombée dans la médiocrité, elle s’avachie. Son institution humaine doit disparaître, place à l’Evangile et aux fruits des sacrements.

Aimer l’Eglise, étrange lorsque je reviens sur ce qu’était ma vie avant ma conversion à San Damiano en juillet 1977. Je rejetais toute forme d’autorité, aucune institution n’avait grâce. Je n’ai pas de considération pour le monde des adultes. Faux culs ! Menteurs ! Sans honneur ! Indécents ! Sans âme ! Grotesques ! Insignifiants ! Violents, tortionnaires, toujours ce regard de la peur devant l’innocent ! Aucun supplice ne fut épargné, mon beau-père était un prince, prince du mal, une brute alcoolique. Hadès. Au-delà des sévices corporels, il n’avait pas son pareil pour ajouter ceux de l’esprit. J’avais perdu tout ce qui fait qu’un enfant soit un enfant… L’autorité et le pouvoir que de larmes n’avez-vous justifiées. Que de silences n’avez-vous pas emmurés. Que de cris n’avez-vous pas étouffés.

Et voici que j’aime l’Eglise ! Qui l’eut cru ? Pas moi, elle est faite d’une surpopulation d’adultes qui ignorent ce qu’est l’esprit d’enfance, ils en parlent dans une casserole en fonte et sans fond. C’est auprès des ânes qu’ils devraient se former, il y a en eux plus de sagesse, plus de savoir que n’en peut contenir une mitre et ils ne crossent personne, ils assument. Ils portent leur charge dans un pas régulier, ils écoutent autant qu’ils entendent. Mais oui, j’aime cette Eglise qui, malgré les immondices dont elle se revêt est inconcevablement belle. Sa beauté, son parfum, son charme lui viennent d’ailleurs. Sans cesse un lait d’agnelle la nourrit et la voici qu’elle se pare des parures les plus éblouissantes, car sa nature est de Dieu qui sourit aux pécheurs, sa paternité est dans la douceur de son Fils et Jésus la répand. Oui, j’aime cette Eglise parfois si immonde, si contrefaite à la grâce que ma colère contre elle n’est qu’un sanglot trop longtemps retenu.

Dans cette nuit du premier samedi de juillet 1977, j’ai su qu’au-delà d’un désespoir immense, il y avait un amour indépassable qui m’aimait pour ce que je fus, pour ce que j’étais et pour ce que je serai. De la révolte, de la haine destructrice, en passant par la mémoire du péché, de mon péché, je me laissais découvrir à l’amour, à l’espérance. Moi qui avais dit non à l’autorité et bien, je venais de dire oui. Ce fut un cri ! Un cri qui répondait au coup porté à mon cœur alors que, contemplant de profil le visage de la Mère céleste, je pleurais, sanglotant sur la Présence d’amour qui était à ma gauche à chaque fois que la boue semblait me couvrir et dévoilait ma faute. La Mère de Jésus venait-elle me chercher ? Mais non, je devais vivre pour dire au monde : mais croit, Dieu est amour et l’Eglise est sa servante…

Qui, aujourd’hui, peut encore entendre ce message ? Qui comprend ce mot « amour » ? Aimer l’Eglise, savez-vous que cela surprend aujourd’hui un prêtre, un évêque, un pilier de cathédrale, ces baronnets du parvis. Ils défendent un apanage qu’ils ont pris, un mandat qu’ils se donnent. Il faut bien exister et pour exister, il faut emmerder le monde. Chacun doit être dans les clous. Soyez cloportes ou disparaissaient, l’Eglise est à nous. Méfions-nous des convertis ! Des anarchistes de la Vérité !

Mais ces grenouillets de la peur du dérangement se foutent de la vérité, de la charité ! L’Eglise est leur bonne conscience, ils sont comme les politiques, ils existent par autrui. Pour autant, ils ne savent pas êtres, ce sont des adultes ! Oui, j’aime l’Eglise ! Mais sait-elle encore aimer ? 

« Il est difficile de qualifier un acte dans sa valeur morale sans subir une forme d’exclusion sociale ce qui est une violence en soi. Il existe un Bien Commun et un Bien Individuel et tous les deux sont légitimes, de même qu’il existe un mal commun et un mal individuel tous les deux expriment une absence volontaire ou involontaire du bien. »

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