GEORGES BERNANOS par Alain PORET

« Voici un texte qui rend hommage à l’écrivain et homme de foi catholique,Georges Bernanos. Alain Poret résume au stylet une des plus belles figures de la littérature française et catholique. Ce petit texte est puissant, alerte, proche de son sujet. Découvrez ou redécouvrez Georges Bernanos, sa lecture vous remettra droit et alertera votre esprit face à tous les défis d’une humanité qui se perd dans ses égoïsmes, dans ses corruptions avec la tranquillité d’un pachyderme rentier. Pierre-Charles Aubrit Saint Pol. »

GEORGES BERNANOS

par

 Alain PORET

 

   Comme le remarque déjà le critique littéraire Sébastien Lapaque dans son ouvrage indispensable Georges Bernanos Encore une fois (avril 2018), la filiation avec Léon Bloy est très nette. De Léon Bloy il partageait les colères contre les opulents, persuadé que la joie des riches a pour substance la douleur des pauvres.

   Né le 20 février 1888 à Paris, Georges Bernanos avait combattu tout au long de la Première Guerre mondiale dans un régiment de cavalerie. C’est la guerre qui persuada G.  Bernanos de la présence effective du mal parmi les hommes. Pendant cinq ans, les poilus de la génération Bernanos dans la boue des tranchées, entre les boyaux des copains et les rats prêts à les dévorer, regardèrent le mal en face.

   Camelot du roi, G. Bernanos, ce « catholique anticlérical », ce « royaliste antifasciste » qui avait rompu avec Charles Maurras et le mouvement néo-royaliste en 1932, dénonça la dérive conservatrice de l’Action Française. Il chercha à réunir la droite royaliste et la gauche révolutionnaire pour tenter une synthèse monarchiste, chrétienne, sociale et syndicaliste ! Loin d’être un projet politique, la monarchie était pour lui une espérance. Malgré sa foi catholique et sa fidélité royaliste, ses rapports avec l’Eglise de Rome et le comte de Paris auraient été très orageux. Gallican, il l’était comme un roi de France.

   Durant la guerre d’Espagne et sous Vichy, il laissa éclater sa rage contre les bigots partis en croisade. Et les cris de G. Bernanos au moment de la guerre d’Espagne, de Munich et de l’Armistice de 1940 ne semblent pas émaner d’un fou, mais d’un « témoin de toutes les folies de son temps » comme le remarque pertinemment le critique littéraire Sébastien Lapaque. L’anarchiste chrétien qu’était G. Bernanos voyait ses contemporains résolus au carnage.

  « Philippe Pétain a parié sur la victoire totalitaire, et moi j’ai parié sur la défaite totalitaire » écrit G. Bernanos. Dès le milieu des années trente, il se démarquera systématiquement de la « hideuse propagande antisémite » : G. Bernanos se solidarisera avec tous les juifs victimes des persécutions nazies et de la lâcheté des autorités de Vichy. Dès juillet 1940, il se rallia immédiatement au général de Gaulle. Avant de mourir G. Bernanos se confessa à un prêtre de trente- trois ans venu jusqu’à lui en fuyant les nazis décidés à le tuer en tant que juif.

   Avec G. Bernanos, le marché mondial est déjà dénoncé en 1945. Son ouvrage La France contre les robots (1944-45) répond à « l’empire économique universel » : « la seule machine qui n’intéresse pas la Machine, c’est la machine à dégoûter l’homme des machines, c’est-à-dire d’une vie toute entière orientée par la notion de rendement, d’efficience et finalement de profit. Le règne de l’argent c’est le règne des vieux. Dans un monde livré à la dictature du Profit, tout homme capable de préférer l’honneur à l’Argent est nécessairement réduit à l’impuissance. C’est la condamnation de l’esprit de jeunesse. La jeunesse du monde n’a le choix qu’entre deux solutions extrêmes : l’abdication ou la révolution ». Dans La France contre les robots, l’auteur évoque la guerre d’Ethiopie (1935-1936) et la guerre d’Espagne (1936-1939) comme des prémices d’une nouvelle guerre totale, pire que la précédente.

   Comme le fait remarquer Sébastien Lapaque, la droite bourgeoise qui avait été sa famille, de même que les chrétiens de gauche dont il avait été le compagnon de route pendant l’Occupation ne pouvaient accepter d’entendre Bernanos renvoyer dos à dos le capitalisme industriel, le fascisme prométhéen et le socialisme collectiviste. « Les régimes jadis opposés par l’idéologie sont maintenant étroitement unis par la technique ». Et sa première déclaration contre le triomphe de la technique date de janvier 1942.

  L’Evangile fit se dresser G. Bernanos contre les puissances du siècle. Il se souvient de la parole du Christ : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Sous le soleil de Satan est la clé de son royaume intérieur. G. Bernanos met en scène des personnages habités par le diable. Il est le « romancier de l’âme », le témoin des êtres confrontés au scandale du mal et engagés dans le tragique mystère du salut. Comme l’écrit magnifiquement S. Lapaque : « L’oubli de l’Enfant divin immolé, le mépris du Pauvre des pauvres mis en Croix annonçait trop clairement l’élimination par notre monde des humbles réfractaires à son ordre pour que Bernanos ne réagisse pas ».

   Il préfère parler de Dieu qu’enseigner la morale. Car le monde était organisé pour se passer de Dieu, et après Dieu de l’homme. De même Charles Péguy avait également compris que ceux qui ont un Dieu sont tenus de s’en excuser… ! G. Bernanos vomissait les catholiques dont la religion se corrompt en moralisme. Comme l’écrit S. Lapaque : « on ne fait pas son salut avec un code de la route ». L’Eglise pour G. Bernanos était autre chose que : « le Temple des définitions du devoir ». Et lui est celui qui voulait « entrer au ciel en qualité de vagabond’. Finalement : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! ».

Share Button

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.