SAINT LAURENT- MARTYR – Par Eliane Olibé

Laurent
Saint Laurent- Martyr

par

Eliane Olibé

Saint Laurent serait né vers 210 ou 220 à Huesca, en Aragon au nord de l’Espagne. Il est mort martyr en 258 à Rome. Il est fêté le 10 août. Enfant fugueur, il tiendrait son nom de sa mère, Patience, qui l’aurait retrouvé sous un laurier.

BIOGRAPHIE :

Sa vie :

Son père, Orence, l’envoya tout jeune compléter ses études humanistes et liturgiques dans la ville de Saragosse, il y fera la connaissance du futur pape Sixte II.

Sixte et Laurent :

Laurent est amené à Rome par Sixte II au retour de son voyage en Ibérique (Espagne) ainsi que son cousin Vincent. Ces deux cousins, Laurent et Vincent sont remarqués par leur honnêteté et la rigueur de leur conduite. Vincent retournera en Ibérique et terminera en glorieux martyr. Sixte II établira Laurent, après l’avoir ordonné diacre,  archidiacre ayant autorité sur les six autres diacres attachés au service de l’Église romaine. Il avait, en cette qualité, la garde du trésor de l’Église et était chargé d’en distribuer les revenus aux pauvres. Il aurait, avant de mourir, expédié la coupe utilisée par Jésus-Christ lors de la Cène (le Saint Calice), qui faisait partie de ce trésor, à ses parents, à Huesca. Elle est de nos jours conservée dans la cathédrale de Valence en Espagne[1].

En ce temps-là, l’empereur Philippe et son fils, qui portaient le même nom, avaient reçu la foi chrétienne. Ils s’efforçaient de favoriser l’Église. Philippe fut le premier empereur chrétien ; ce fut, dit-on, Origène qui l’aurait converti ou saint Pontius. Il régna en l’an mille de la fondation de Rome. Il aurait souhaité consacrer cet anniversaire de Rome au Christ, mais  les Romains célébrèrent cet anniversaire avec un grand appareil de jeux et de spectacles païens.

L’empereur Philippe avait auprès de lui un soldat nommé Dèce, renommé pour son courage dans les combats. En cette époque, certaines tribus de la Gaule s’étaient révolté, l’empereur envoya Dèce soumettre les Gaulois rebelles.

Dèce mena tout à bien et revint à Rome auréolé de sa victoire. L’empereur, apprenant son arrivée, alla au-devant de lui jusqu’à Vérone pour lui rendre les honneurs mérités ; mais comme l’esprit des méchants s’enfle d’un orgueil d’autant plus grand qu’ils se sentent honorés davantage, Dèce, exalté par l’ambition, aspirera à l’empire et complota la mort de l’empereur Philippe. Il choisit le moment où l’empereur dormait sous son pavillon pour l’égorger. Quant à l’armée, il se l’attacha par ses prières, par des largesses et des promesses. Il se hâta d’atteindre Rome à marches forcées.

A la nouvelle de la trahison de Dèce, Philippe le jeune fut saisi de craintes, et selon Sicard dans sa chronique, il confia les trésors impériaux à saint Sixte et à saint Laurent, afin que, s’il venait à être tué lui-même par Dèce, ils les donnassent aux églises et aux pauvres. Ensuite Philippe s’enfuit et, pour ne point tomber entre les mains de Dèce, à son retour, il se cacha.

Le Sénat confirma Dèce comme nouvel empereur. Or, afin de paraître avoir tué son maître non par trahison, mais par zèle pour le culte des idoles, il commença à persécuter les chrétiens avec la plus affreuse cruauté, donnant l’ordre de les égorger sans aucune miséricorde. Dans cette persécution plusieurs milliers de chrétiens périrent martyrs, parmi lesquels fut couronné Philippe le jeune, fils de l’empereur Philippe.

Ensuite, Dèce se mit à la recherche du trésor de son maître. On lui désigna Sixte, chrétien et dépositaire des trésors impériaux ; saint Laurent l’ayant appris le suivit par derrière lui criant :

« Où allez-vous, mon père, sans votre fils ? Saint pontife, où allez-vous sans votre diacre ? Jamais vous n’auriez coutume d’offrir ce sacrifice sans ministre. Qu’y a-t-il en moi qui aie pu déplaire à votre cœur de père ? Avez-vous des preuves que j’aie dégénéré ? Éprouvé de grâce, si vous avez fait choix d’un assistant capable, quand vous m’avez confié le soin de distribuer le sang du Seigneur. »

saint sixteIIa Saint Sixte répondit :
« Ce n’est pas moi qui te quitte mon fils, ni qui t’abandonne, reprit le saint pontife ; mais de plus grands combats pour la foi de Jésus-Christ, te sont réservés. Pour nous, en qualité de vieillard, nous n’avons à affronter que de faibles dangers, toi qui es jeune, tu remporteras sur le tyran un plus glorieux triomphe. Dans trois jours, tu me suivras, c’est, la distance qui doit séparer le prêtre et le lévite. »

 

Les miracles de Laurent :     Laurent3   

Sixte lui ayant remis tous les trésors, en lui ordonnant d’en faire la distribution aux églises et aux pauvres, Laurent, nuit et jour, se mit à la recherche des chrétiens et distribua à chacun selon ses besoins. Il vint à la maison d’une veuve qui avait caché un grand nombre de chrétiens et qui depuis souffrait de maux de tête. Saint Laurent lui imposa les mains et la guérit de sa douleur ; ensuite il lava les pieds des pauvres et leur donna l’aumône. La même nuit, il vint chez un chrétien et y rencontra un homme aveugle : par un signe de croix, il lui rendit la vue.

Or, comme le bienheureux Sixte ne voulait pas entrer dans les vues de l’empereur, ni sacrifier aux idoles, il fut condamné à avoir la tête tranchée. Accourut alors saint Laurent qui se mit à crier à saint Sixte :

« Veuillez ne pas m’abandonner, père saint, parce que déjà j’ai dépensé vos trésors que vous m’aviez confiés. Alors les soldats, en entendant parler de trésors, se saisirent de Laurent et le livrèrent entre les mains du tribun Parthénius qui le présenta à Dèce. »

 

Le martyr de saint Laurent :

 L’empereur Dèce lui dit :

« Où sont les trésors de l’Église que nous savons avoir été déposés chez toi ? »

Or, comme Laurent ne lui répondait pas, il le livra à Valérien qui était préfet, afin de le forcer à livrer les trésors et à sacrifier ensuite aux idoles ou bien de le faire périr dans des supplices et des tourments divers. Valérien, de son côté, le mit entre les mains d’un officier nommé Hippolyte afin qu’il le gardât ; et Laurent fut emprisonné avec beaucoup d’autres. Il y avait là sous les verrous un gentil nommé Lucilius qui, à force de pleurer, avait perdu la vue. Laurent lui promit de lui rendre l’usage de ses yeux, s’il croyait en Jésus-Christ et s’il recevait le baptême. Lucilius demanda avec insistance à être baptisé.

Laurent, après qu’il l’eut interrogé sur les articles de foi et que Lucilius eut confessé qu’il les croyait tous, le baptisa au nom de Jésus-Christ. C’est pour cela que beaucoup d’aveugles venaient trouver Laurent et s’en retournaient guéris.

Quand Hippolyte vit tous ces miracles, il lui dit : « Montre-moi les trésors. »

Laurent lui répondit : « O Hippolyte, pour peu que tu croies en Notre-Seigneur Jésus-Christ, je te montre des trésors et je te promets une vie éternelle. A la même heure, Hippolyte crut et reçut le saint baptême avec sa famille. Quand il fut baptisé il dit : « J’ai vu les âmes des innocents tressaillir de joie. »

Valérien, peu après, donna ordre à Hippolyte de lui présenter Laurent. Celui-ci dit à Hippolyte : « Allons tous les deux ensembles, car la gloire nous est réservée à toi et à moi. »

Ils viennent donc tous deux devant le tribunal où il est de nouveau interrogé au sujet du trésor. Laurent demanda un délai de trois jours, ce à quoi Valérien consentit en le laissant sous la garde d’Hippolyte. Laurent, pendant ces trois jours, rassembla les pauvres, les boiteux et les aveugles et les présentant dans le palais de Salluste à Dèce qui était présent : « Ce sont là, lui dit-il, les trésors éternels qui ne diminuent jamais, mais qui s’accroissent ; ils sont répartis entre chacun et trouvés entre les mains de tous ; et ce sont leurs mains qui ont porté les trésors dans le ciel. »

Valérien dit devant Dèce qui était présent : « Pourquoi tous ces détours ? Hâte-toi de sacrifier et renonce à la magie. »

Laurent lui dit : « Quel est celui qu’on doit adorer ?  Est-ce le Créateur ou la créature ? »

Dèce irrité le fit frapper avec des fouets garnis de plombs, appelés scorpions, et on lui mit devant les yeux tous les genres de tortures. Comme l’empereur lui  commandait de sacrifier afin qu’il échappât à ces tourments, Laurent répondit : « Malheureux ! Ce sont des mets que j’ai toujours désirés. »

Dèce lui dit : « Si ce sont des mets, fais-moi connaître les profanes qui te ressemblent afin qu’ils partagent ce festin avec toi. »

Laurent répondit : « Ils m’ont déjà donné leurs noms dans les cieux et c’est pour cela que tu n’es pas digne de les voir. »

Dèce ordonne  qu’il soit dépouillé, battu à coups de fouets et des larmes ardentes lui soient appliquées sur les côtés.

« Seigneur Jésus-Christ, dit alors Laurent, Dieu de Dieu, ayez pitié de votre serviteur, puisque quand j’ai été accusé, je n’ai pas renié votre Saint Nom, quand j’ai été interrogé, je vous ai confessé comme mon Seigneur. »

 Dèce lui dit : « Je sais que c’est par les secrets de la magie que tu te joues des tourments, mais tu ne sauras te jouer longtemps de moi. J’en atteste les dieux et les déesses, si tu ne sacrifies, tu périras dans des tourments sans nombre. »

Alors il commanda qu’on le frappât très longtemps avec des fouets garnis de balles de plomb. Mais Laurent se mit à prier en disant : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit. »

Alors il se fit entendre une voix du ciel que Dèce ouï aussi : « Tu as encore bien des combats à soutenir. »

Dèce rempli de fureur s’écria : « Romains, vous avez entendu les démons consolant ce sacrilège, qui n’adore pas nos dieux, ne craint pas les tourments et ne s’épouvante pas de la colère des princes. »

Il ordonna une seconde fois qu’on le battît avec des scorpions. Laurent se mit à sourire, remercia Dieu et pria pour les assistants. Au même instant, un soldat, nommé Romain, crut et dit à saint Laurent : « Je vois debout en face de toi un très beau jeune homme qui essuie tes membres avec un linge. Je t’en conjure, au nom de Dieu, ne me délaisses pas, mais hâte-toi de me  baptiser. »

 Dèce dit à Valérien : « Je pense que nous voici vaincus par la magie. »

Il ordonna donc de le détacher de la cathaste[2]à laquelle il était attaché et de le renfermer sous la garde d’Hippolyte. Romain apporta un vase plein d’eau, se jeta aux pieds de saint Laurent et reçut de ses mains le saint baptême. Aussitôt que Dèce en fut informé, il fit battre de verges Romain qui s’était déclaré chrétien de plein gré et fut décapité par l’ordre de l’empereur. Cette nuit-là, Laurent fut amené à Dèce. Or, comme Hippolyte pleurait et criait qu’il était chrétien, Laurent lui dit : « Cache plutôt Jésus-Christ au-dedans de ton cœur, et quand j’aurai crié, prête l’oreille et viens. »

On apporta donc, des instruments de supplices de tous les genres, Dèce dit à Laurent : « Ou tu vas sacrifier aux dieux ou cette nuit finira avec tes supplices. »

Laurent lui répondit : « Ma nuit n’a pas d’obscurités, mais tout pour moi est plein de lumière. »

 Dèce dit : « Qu’on apporte un lit de fer afin que l’opiniâtre Laurent s’y repose. »

Les bourreaux se mirent donc en devoir de le dépouiller et l’étendirent sur un gril de fer sous lequel on mit des charbons ardents et ils foulaient le corps du martyr avec des fourches de fer. Alors Laurent dit à Valérien : « Apprends, misérable, que tes charbons sont pour moi un rafraîchissement, mais qu’ils seront pour toi un supplice dans l’éternité, parce que le Seigneur lui-même sait que quand j’ai été accusé, je ne l’ai pas renié, quand j’ai été interrogé, j’ai confessé Jésus-Christ ; quand j’ai été rôti, j’ai rendu des actions de grâces. »

 Il dit à Dèce d’un ton joyeux : « Voici misérable, que tu as rôti un côté, retourne l’autre et mange. » Puis remerciant Dieu : « Je vous rends grâce, dit-il, Seigneur, parce que j’ai mérité d’entrer dans votre demeure. »

C’est ainsi qu’il rendit l’esprit. Dèce tout confus, s’en alla avec Valérien au palais de Tibère, laissant le corps sur le feu. Le matin, Hippolyte l’enleva et, de concert avec le prêtre Justin, il l’ensevelit avec des aromates au champ Véranus. Les chrétiens jeûnèrent, et pendant trois jours célébrèrent ses vigiles, au milieu des sanglots et en versant des torrents de larmes.                                                     

Les calendriers anciens retiennent la date de son martyre, qui correspond à sa fête liturgique : le 10 août 258

 

Laurent2

 


[1] C’est peu vraisemblable ; en effet, il apparaît bien plus certain que ce soit Nicodème (riche juif qui offrit son tombeau à Jésus) qui le transporta en Ibérie, dans la Galice et delà partie en Irlande fondant une dynastie royale. Nicodème était apparenté à la Sainte Vierge Marie et à Jésus.

[2] Cathaste : c’est tout simplement un gril de fer au-dessous duquel on mettait du feu pour torturer les criminels. Cet instrument été distingué du chevalet et avait la forme d’une échelle.

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